L’amateur de jazz connaît bien James P. Johnson, initiateur, avec Jelly Roll Morton, du style stride de piano-jazz, que son élève et ami Fats Waller a porté à sa perfection. Ledit amateur sera donc surpris de voir annoncée ici une musique symphonique – et de ne trouver aucun morceau joué par J.P. Johnson… La carrière marginale du pianiste fournit l’explication : la dépression de 1929 l’a poussé, comme tant d’autres, à abandonner le jeu en public, il s’est alors consacré à l’enrichissement de ses connaissances musicales et à la composition de chansons et de musique destinées aux comédies musicales, voire au cinéma, avant de reprendre, dans les années trente, la scène avec une petite formation. C’est à cet aspect de la production du musicien que le présent CD est consacré, c’est-à-dire à une forme de jazz que d’aucuns nommeraient "symphonique" comme les suites de Duke Ellington, d’autres, moins bienveillants "commercial”… On a plaisir à retrouver ici des arrangements sur des standards (St. Louis Blues) ou des reprises de succès de James P. Johnson (Carolina Shout, Charleston), entendus dans des films de qualité (Casablanca, Stormy Weather…) et à découvrir des musiques familières aux oreilles américaines formées à la comédie musicale et moins connues en France. Un regret : que la pianiste, Leslie Stifelman, n’ait pas adopté le style stride du maître. (Jacques Bony)
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