?S'il est un dénomiteur commun aux chantres du judéo-arabe, c'est bien celui-ci : tous cultivent des fleurs de rhétorique qui tirent leur essence et leur flagrance des temps bénis de l'Andalousie, centre névralgique d'un bouillonnement culturel méditerranéen, où juifs, chrétiens et musulmans se respectaient et fraternisaient. Et c'est bien plus tard, au début du XXè siècle dans le Maghreb, sous colonisation française, que l'art judéo-arabe, hérité, donc, de l'antique Bétique, se coulera dans un âge d'or, incarné par quelques grandes figures de proue, dont Lili Labassi, transcrit, parfois Lili L'Abassi ou Lili el Abassi. On a souvent opposé, à tort, Lili à El Hadj El?Anka, père fondateur du chaâbi de la casbah. La différenciation se retrouve dans la manière de chanter, le parler usité (oranais chez Lili, algérois chez El Anka), les orchestrations et le répertoire. El Anka s'en tenait au chaâbi pur et dur, s'accompagnant de la mandole instrument typique au blues d'Alger, d'un banjo, d'une guitare, alors que Lili privilégiait le violon et le qanoûn-cythare. Par contre, tous deux avaient intégré le piano, joué chez Lili par Jacob Hamani ou Maurice El Médioni. Disparu en 1969 à Paris, Lili avait influencé de nombreux chanteurs tels Blond-Blond, qui avait repris Ajini Ajini, Line Monty, Lili Boniche ou Enrico Macias.
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