Jean-Baptiste Morin (1677-1754) fut l’un des nombreux musiciens français du début du XVIIIe siècle rattrapés par la vague d’enthousiasme pour la musique italienne, qui, au siècle précédent, avait été tenue à distance en France par Louis XIV. Le Roi- Soleil avait en effet voulu que son règne encourage la création d’un style d’expression artistique typiquement français qui égale - sinon dépasse – celui de l’Italie, lequel avait dominé la musique européenne du XVIIe siècle. Avec Lully, le talentueux compositeur de sa cour, il trouva précisément l’homme qui pouvait satisfaire son goût personnel et le faire rayonner dans le pays à partir de Versailles. Pourtant, dès la fin de son règne, la vie musicale parisienne commença à s’orienter vers un style conciliant les éléments français et italiens. Les deux styles - italien et français - étaient considérés comme franchement différents. La musique française du XVIIe siècle était dominée par les formes de danse, tandis que la musique italienne explorait des formes instrumentales, telles que sonate et concerto, qui requéraient des talents d’exécution qu’on n’avait jamais vus jusque-là. Les compositeurs italiens sondaient aussi de nouvelles régions harmoniques, surtout à des fins expressives. L’idée de fusionner les deux styles est devenue pour la première fois réalité dans les cantates de Morin. Ainsi, dans l’Avis qui précède son livre de 1706, il écrit: «J’ay fait aussi mon possible pour conserver la douceur de nôtre Chant François, sur les Accompagnements plus diversifiez, & sur des mouvements & la modulation dont les Cantates Italiennes sont composées.» Il n’est donc pas étonnant que leur attrait repose sur la bravoure, l’originalité et l’expression intense.
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