Après une intégrale des Sonates de Beethoven fêtée aux Etats-Unis, Garrick Ohlsson s’engage chez Schubert. La petite La majeur qui ouvre le disque rappelle à quel point il sait former le son – rond lumineux – et ponctuer la phrase aux deux mains. Les courbes se dessinent, l’harmonie prend de l’ampleur, le piano parle. Avec cela une indifférence au charme qui va même dans la plus heureuse des sonates de Schubert chercher la suspension et l’ombre, voir l’orage. Le crescendo de l’Allegro moderato emplit soudain l’espace avec un tel ton de menace ! La Wanderer Fantasie est de grande venue, tempétueuse, ardente, et jouée en grand son. Ses contrastes et ses accents donnent le vertige, mais derrière les humeurs, la construction est parfaite, implacable, et l’attention aux rythmes ne se relâche jamais. C’est pourtant la mystérieuse Sonate D. 845 qui sera le clou de l’album, car Ohlsson y invite l’ombre de Beethoven, lançant les accords péremptoires du premier thème avec une rage ardente. Ce n’est plus une sonate c’est une symphonie ! Prise de son splendide, Steinway réglé avec art, décidément chez Dux on sait enregistrer le piano (Discophilia, Artalinna.com). (Jean-Charles Hoffelé)
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