Les cordes dans leurs graves font une nuit que percent les violons, un célesta bat comme un cœur, le paysage s’agrandi. Non ce n’est pas l’ouverture des Stigmatisés de Schreker, mais les quatre premières pages du chef-d’œuvre de Josef Marx, Eine Herbstsymphonie, qui aura donc dû attendre un siècle avant d’être enregistré. L’œuvre divisa la critique mais enivra le public lors de ses deux créations successives, Félix Weingartner la dévoilant à Vienne, Clemens Krauss assurant le concert à Graz, ville natale du compositeur. Vous avez dit postromantique ? L’orchestre immense de Marx déploie une imagination sonore et une palette de couleurs qui l’associeraient plutôt au postimpressionnisme d’un Respighi et par instant ses saturations harmoniques le font approcher des Symphonies de chambre de Schreker, des Poème de Böcklin de Reger, du Pelleas und Melisande de Schönberg : l’expressionisme n’est jamais loin derrière ces étoffes de sons saturées de motifs comme les toiles de Klimt. L’œuvre est suffocante de beauté avec pour seul point faible l’épisode de musique orientale du finale, écho du séjour turc du compositeur alors qu’il était en mission à Ankara, mais Johannes Wildner et l’orchestre de Graz, rendant hommage à l’enfant du pays, savent le rendre anodin alors que partout ailleurs ils soignent les ors et les incarnats d’une partition splendide, sommet de la littérature orchestrale des années vingt que Wilhelm Furtwängler regardait avec raison comme un chef d’œuvre. Ajout majeur à la discographie d’un compositeur que l’on redécouvre enfin et qui mériterait de voir l’autre part essentielle de son œuvre, les cent-cinquante et quelques lieder, entièrement enregistrée. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)
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