L’excellent texte de Frédéric Gaussin présente divers enregistrements historiques (1930 à 1943) de Jean Doyen. Le nom de cet artiste à la carrière de quatre décennies, figure éminente qui traverse toute l’histoire du piano français au XXe siècle demeure oublié. Professeur à Paris et jusqu’en 1977, il eut pour disciples Philippe Entremont, Idil Biret, Dominique Merlet, et Bernard Job, entre autres. Les quatre ballades de Chopin captées en 1941 sont d’une élégance superbe, avec juste ce qu’il faut de prises de risques. Pas un forte n’est cassant. Tout le jeu est concentré dans la narration et la sobriété du chant. On en oublie les bruits parasites et le souffle parfois importants. Jean Doyen remit au goût du jour Les Variations sur Là ci darem la mano de Chopin, qu’il joue d’une manière un peu surannée. Les Liszt (Etudes de concert) sont marquants par leur poésie et notamment la qualité des pianissimi. España et la Boutique fantasque de Chabrier ont de l’allure tout comme la Barcarolle n°2 et le Nocturne n°6 de Fauré. Interprète des œuvres de son temps, Doyen offre des lectures gorgées de lumière et d’une justesse magnifique. Les Debussy, notamment le Livre I des Images, possèdent une virtuosité scintillante et précise. C’est un toucher rapide, sans pédale excessive. On réécoute et on admire le premier enregistrement mondial (1937) du Gaspard de la nuit de Ravel. Quelle luminosité, quelle légèreté de toucher ! Un témoignage historique bien venu. (Jean Dandrésy)
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