Que fait l'incroyant exposé à de la musique religieuse ? Comme tout le monde, il écoute. Et si la musique l'emporte parce qu'elle est belle, il atteint cet état désiré entre tous : l'oubli de soi. Clairières dans le ciel, oeuvre sans pareille en jazz ou en classique - ici mis en miroir -, révèle peut-être le mieux sa beauté quand on l'écoute au casque, en position de gisant dans une cathédrale de lumière ouverte sur l'infini. Les frères Belmondo, Lionel, le saxophoniste, compositeur, orchestrateur, et Stéphane, le soliste trompettiste et bugliste, avaient réussi, en 2003, Hymne au soleil, un de ces disques qu'on qualifie de miraculeux pour dire l'inattendu et l'inespéré. Ils y ressuscitaient notamment des pages de Lili Boulanger (1893-1918), la fulgurante poétesse d'une musique profane d'inspiration liturgique. Prolongeant cette entreprise, Lionel Belmondo assemble à nouveau l'ensemble de vents, augmenté du batteur-percussionniste Dré Pallemaerts et d'un choeur à la délicatesse impressionnante, pour jouer d'autres partitions de Lili Boulanger extraites de son cycle Clairières dans le ciel, sur des poèmes de Francis Jammes, et aussi de Marcel Dupré, le maître organiste, du vieux Gabriel Fauré et du jeune Olivier Messiaen. Orchestrations somptueuses de Lionel Belmondo et de Christophe Dal Sasso, solos des deux frères font éprouver par le jeu des couleurs et de chatoyantes dissonances le combat existentiel entre l'ombre et la clarté.
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