La représentation aurait pu passer inaperçue, si, en ce soir de l’été 1990, Anna Caterina Antonacci n’osait sa Fiordiligi, justement devenue légendaire. Elle avait tout pour être le grand soprano Mozart de sa génération, l’ardeur des mots, l’élégie de la ligne, la vocalise pleine et fusante, pour elle la soirée, aussi provinciale soit-elle, serait déjà historique, mais l’entourage fait bien mieux que ne pas la déparer, à commencer par Gustav Kühn, dont les Mozart piétons s’oublient ici, sa battue emportée par un orchestre léger et qui lui fait Mozart plus italien qu’il ne l’aurait jamais pensé. L’équipe de chant, sinon le Ferrando un peu court de timbre de Richard Decker, joli dragueur blond à la scène, se hausse au niveau de sa diva, Monica Bacelli donnant le meilleur d’elle pour Dorabella, sa voix avait encore alors de l’étoffe et du style. Admirable, le Guglielmo de grand caractère campé par Albert Dohmen, irrésistible la Despina rouée de Laura Cherici qui est plus que le soprano en voix de tête d’épingle qu’on y distribue trop souvent. Sur ce quintette vif comme du Marivaux règne le marionnettiste grand teint de Sesto Bruscantini, comme débarqué d’un opéra de Rossini. Soirée précieuse, qu’il faut connaître : elle n’est pas marginale dans la discographie surabondante de Cosi fan tutte. (Jean-Charles Hoffelé)
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