Il faut entendre comment Alban Gerhardt nasille de son archet rêche le motif obstiné de l’Allegretto du Premier Concerto, comment il le broie méticuleusement, aidé par la machine infernale d’un orchestre transformé en mécanique par Jukka-Pekka Saraste. Quel ton ironique, quelle amertume qui dissimulent mal une sorte de fureur dont le Moderato sera comme empoisonné. Gerhardt et Saraste portent l’œuvre loin du néo classicisme pour lequel bien des violoncellistes, en réaction au pathos expressionniste qu’y imprimait Mstislav Rostropovitch, auront opté, réduisant la portée de ces musiques. Au contraire c’est tout un théâtre grinçant qu’ils y déploient, et qui ne cessera que pour la grande Cadenza où l’archet de Gerhardt médite soudain, instant bouleversant. Le final pourra venir, danse de mort dont les deux amis exaltent les musiques juives : Chostakovitch fut-il jamais si proche de cet autre génie, son ami, son alter-ego Mieczyslaw Weinberg ? Enténébré, esseulé, entre chien et loup, leur Deuxième Concerto est un sépulcre de son, partition majeure dont peu auront trouvé à ce degré de naturel le désespoir pudique, la poésie douloureuse, le chant rapsodique. Doublé d’une sombre beauté. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)
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