La jeune trompettiste Selina Ott nous plonge avec surprise dans un univers que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Tout d’abord le post-romantisme soviétique des années 50 où le russe Vladimir Peskin (1906-1971) et l’arménien Alexander Arutiunian (1920-2012), compositeurs officiels de l’URSS, content avec leur personnalité, sur un air un peu contraint, ce que la dictature du prolétariat et le réalisme socialiste stalinien imposèrent à la musique occidentale ; le roman musical d’une grande Russie, inspiré de Rachmaninov, Prokofiev ou Khatchatourian, dans deux concertos pour trompette devenus des classiques du répertoire. Même époque – 1953 – de l’autre côté du mur. Dans la mouvance post-impressionniste, au-delà de Debussy ou de Ravel, Alfred Desenclos (1912-1971) propose son « Incantation, Thrène et Danse » : quelle merveille ! Selina Ott porte cette œuvre avec ferveur. Elle fond le timbre d’une trompette luxuriante de beauté à l’orchestre de la radio de Vienne qui, sous la baguette de Roberto Paternostro, irise de couleurs chatoyantes. Desenclos nous mènent dans un orient de rêve qui rejoint, en cela, nos frères soviétiques, et la jeune autrichienne fait tomber le mur. Respect ! (Florestan de Marucaverde)
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