« Cette musique épouvantablement dépassée » aux oreilles du philosophe et musicologue allemand Theodor W. Adorno, recèle toutefois un charme certain. Assurément, elle n’était plus de son temps et certainement pas celui de la Seconde Ecole de Vienne. Moitié allemand, moitié vénitien, Wolf-Ferrari connut un beau début de carrière grâce à la notoriété de ses opéras. La brisure de la Première Guerre mondiale, l’évolution des esthétiques reléguèrent son catalogue aux oubliettes. Il se réfugia dans l’écriture de pièces instrumentales. Le charme des deux concertos qui évoquent autant Francis Poulenc, que Jean Françaix et la période néoclassique de Respighi, voire quelque intermède “à la Puccini” est d’un lyrisme romantique un peu fané. La beauté des mélodies, le sens des contrastes sont admirablement exploités par les deux solistes, Fabien Thouand et Valentino Zucchiatti. Le Concertino est d’une belle écriture, noble et chantante. Les danses folkloriques réinventées, quelques allusions à l’univers baroque vénitien et plus encore, l’expression d’une profonde nostalgie séduisent. Idillo pour hautbois, cordes et deux cors brille d’un entrain “rossinien” juste. La Sérénade pour cordes (1894) assure le pendant à celles d’Europe centrale de la fin du XIXe siècle. La direction incisive de Massimo Belli pousse les cordes de l’orchestre dans leurs limites. (Jean Dandrésy)
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