Comme ses compatriotes de Falla et Albeniz, Turina subit l'attrait du Paris de sa plus grande époque musicale. Fréquentant forcément Debussy, Ravel ou autre Dukas, on retiendra surtout qu'il fut en composition l'élève de d'Indy à la sévère, un peu austère mais solidement formatrice Schola Cantorum (il le fut aussi du très virtuose Moszkowski pour le piano). C'est un peu ce qu'on entend ici : un métier très sûr, augmenté d'un respect irréfragable pour la grande forme, plus éloigné qu'on pourrait s'y attendre de quelque idiome généalogique facile à vague évanescence andalouse. Celle-ci, on la recherchera plutôt dans sa production abondante et trop ignorée pour piano seul (avec une seule intégrale achevée à ce jour, celle d'Antonio Soria, un "projet" que materna la grande Alicia de Larrocha). Cela dit, dès la première sonate pour violon et piano, d'une allure assez rhapsodique, on aurait justement tendance à prêter l'oreille en priorité à l'admirable traitement pianistique, qui semble jouer esthétiquement le rôle d'un authentique veilleur ibérique. Quant à la Sonata espagnola, déjà, elle étonne encore davantage par son penchant pour l'abstractisation, sachant fluctuer sans mergiturer entre Charybde de l'académisme scolaire et Scylla d'un folklorisme facile. Mon tout parfaitement rendu ici par des interprètes irréprochables (et quel superbe instrument Stradivarius!). (Gilles-Daniel Percet)
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