Blas de Castro, musicien du roi Philippe III, consacra sa carrière à mettre en musique des poèmes de Lope de Vega. À l'exception de ces 20 pièces, son ouvre, écrite pour un ensemble comprenant un chanteur par partie et des instruments tels que guitare, théorbe, viole et lyre de gambe, disparut en 1734 dans l'incendie du Palais Royal de Madrid. Jordi Savall-Hespérion XX ou l'ensemble La Colombina s'inscrivent dans cette tradition de musique de cour. Nous est proposée ici une tout autre approche : la polyphonie ne consiste plus en effet qu'en un duo intimiste et complexe à la fois d'une voix soprano et de son accompagnateur à la vihuela de arco - forme espagnole de la viole de gambe - ou à la lyra-viole. Si la matérialité du texte poétique devient beaucoup plus perceptible, la charge affective produite dans le dispositif de la polyphonie vocale à plusieurs parties doit en quelque sorte être transférée de façon totalement allusive dans un rapport de fusion, d'harmonie ou d'oppositions créé entre une seule voix et un instrument singulier. Pour faire trame, ce cantar alla viola sollicite, outre les ressources de la voix, toutes celles de la viole (arpèges, successions d'accords, pizzicati, jeux d'archet, variété de timbres etc.). Gageure redoutable, surtout lorsqu'on a affaire à une succession de pièces brèves. Si les qualités des interprètes, leur engagement, sont sensibles dans chacun des morceaux pris isolément, l'écoute continue génère chez l'auditeur une impression de monotonie et d'uniformité qui conduit à préférer les enregistrements s'appuyant sur le dispositif polyphonique en usage à la cour espagnole. (Bertrand Abraham)
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