Confier curieusement à une voix de femme (Emily Van Evera), le rôle de Cain ? Sans doute. Verte, raide et précise, cette voix désincarnée permet de saisir chaque parole d’un très beau texte, dans une expressivité remarquable, sur un chant linéaire, d’une déclamation sobre et dépouillée : « Chaque souffle, chaque ruisseau me paraît être le sang d’Abel, la voix de Dieu ». Ce lamento de Pasquini, est un ajout bienvenu. L’essentiel du disque, l’oratorio de Marazzoli : Santa Caterina, relate le martyre de la fille du roi d’Alexandrie, qui tient tête à l’empereur Maxence, fou de rage, pour affirmer que le Christ est le seul dieu, et se voit condamnée à la torture. L’originalité de l’œuvre est que l’intérêt se concentre sur l’échange entre les soldats et la vierge conduite au supplice. Arias de virtuosité, récitatif dramatique se succèdent pour un ensemble très attachant. Un choix affirmé : confier le rôle-titre à une voix de jeune fille (Katherine Watson) pour compenser l’injustice faite aux femmes par les papes qui les remplacèrent par des castrats ! Remarquable basse, dans le rôle de Maxence : Christian Immler. Un madrigal à cinq voix aux harmonies audacieuses clôt magistralement l’œuvre. (Danielle Porte)
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