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Limites techniques, manque d'éclat, faible intensité, inaptitude à la virtuosité : autant de faiblesses imputées durant une partie de l'« ère baroque » au basson voué à jouer les utilités (à assurer avant tout la basse continue). Exceptions notables : Telemann, Vivaldi et ses 39 concertos pour basson, puis Graupner — notamment dans ses cantates — comme en témoigne ce disque. Le répertoire du basson restait encore modeste comparé à ceux de la flûte et du violon, mais la percée était assurée. Parmi les facteurs qui incitèrent Graupner à promouvoir le basson signalons sa curiosité pour les instruments sortant du lot, et avant tout les liens qu'il contracta, alors qu'il officiait à la cour de Darmstadt, avec 2 bassonistes exceptionnels — Klug et Klotsch ! — pour lesquels il composa presque sur mesure. C'est dans les arias de ses cantates que le rôle basson est magnifié : le morceau de bravoure est la très longue aria de 12' (plage 5 du CD1) de la cantate 1102/40 : loin de ne faire qu’accompagner, le basson commente de façon inventive, volubile et prenante par des arpèges ascendants l'imploration à Dieu et traduit les efforts répétés de l'homme pour fléchir la volonté divine. Si l'instrument sait se faire virtuose, il se fait puissant, entêtant et même épique dans l'aria de la plage 10 (1105/43) qui célèbre la naissance du Christ, et engage un dialogue délicat, persuasif et presque tendre avec le violon dans l'aria « Starker Helfer » (plage 5 / CD2-1125/43). Il y a là et ailleurs plus que des ferments de renouvellement esthétique : cette irruption d'un nouvel acteur autonome, avec ses sonorités, le pouvoir de sa suggestion rhétorique, confère au compositeur la stature d'un esprit innovant, en avance sur son temps. L'ensemble instrumental et vocal, avec notamment l'excellent ténor G.Poplutz est exemplaire. Remarquable et surprenant à maints égards.
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