Rapprochée depuis sa première audition de la version que Telemann donna du même livret écrit par un poète et notable hambourgeois, et consacré à « Jésus, souffrant et mourant pour les péchés du monde », cette Passion n’est pas non plus le symétrique des œuvres que Bach allait bientôt offrir au public leipzigois. Le meilleur contexte qu’on lui puisse proposer est certainement de la relier, au sein du même œuvre haendélienne, et dans un ordre chronologique inversé de l’histoire chrétienne du Salut, à la grande fresque allant de La Resurrezione (1708) au Messie (1742). Si, en 1719, il n’a pas encore composé ses grands oratorios, Haendel a déjà donné des œuvres remarquées, surtout des opéras, au Queen’s puis au King’s de Londres. L’aspect théâtral (pour ne donner qu’un exemple, Gift und Glut) est donc ce qui frappe d’emblée dans cette très belle partition, lui procurant une sensibilité plus familière, pourtant plus moderne. C’est cette présence que rendent admirablement Lars Ulrik Mortensen et ses interprètes, tous de premier ordre, en conférant à ce drame cosmique sa profonde intimité (Jesu, dich mit unsern Seelen). Du théâtre qui captive assurément son public, nourrit la méditation de celui-ci et lui dévoile son sens sacré. (Alain Monnier)
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