Cette Fantastique de 1984 rééditée fin 2016 est probablement la plus lente de la discographie. Mais c'est moins dans les relations entre chacun des mouvements que cette distension surprend, que dans le rapport, à l'intérieur d'un mouvement donné, des "séquences" et des tempi ménagés par le compositeur. (cf. "Rêveries et passions" et "Un Bal"). Lecture très personnelle, extrêmement analytique - distancée, cérébrale, trop policée. La rêverie l'emporte nettement sur la passion. Du même coup la passion n'apparaît plus vraiment ici comme l'exacerbation maladive d'une rêverie déjà contaminée par elle. La musique de Berlioz est sertie dans un écrin qui la magnifie en arrondissant les angles, en pacifiant les fureurs. Métaphoriquement parlant, le parquet du Bal est un peu trop verni et stratifié (dans tous les sens du terme). C'est trop serein, plus psychédélique que proprement fantastique. La "Scène aux champs" est trop étale, l'on n'y sent pas suffisamment la pulsion qui annonce les orages à venir. Si la "Marche au Supplice" et le "Songe d'une nuit de sabbat" paraissent plus engagés, la compacité, de timbres et une certaine solennité un peu scolaire dans les vents font l'effet d'un frein. Pas de visions à la Goya, de sarcasme et de grotesque dans cette version, dont le charme poétique reste en quelque sorte encore nostalgique d’un romantisme à la Mendelssohn, et qui laisse l'auditeur à la fois perplexe et un peu frustré. On sent comme une réticence du chef à s’engager pleinement dans le "programme littéraire" de l’œuvre. Bernstein est à mon sens autrement plus convaincant dans cette symphonie. (Bertrand Abraham)
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