Cette passion (Passio secundum Johannem BWV 245) est le reflet et le montage discographique de sept représentations données à New York et à Cleveland en mars 2016 par l’ensemble baroque local (Cleveland) Apollo’s Fire dirigé par sa cheffe : Jeannette Sorrell. Il s’agit d’une production délibérément scénique voire opératique, les différentes scènes se déroulant sur une scène centrale, entourée des chœurs et des chanteurs solistes obligés de chanter leur partie par cœur ! L’intérêt de la mise en espace étant de plonger littéralement le public dans l’action dramatique en le faisant devenir témoin et acteur, en l’occurence ici la turba, la foule (Le film issu de la tournée (apollosfire.org/media/bach-st-john-passion/) le montre bien). Un effectif instrumental allégé, un chœur charpenté, de jeunes chanteurs solistes fraîchement sortis des écoles de musique. Tout indique le renouvellement d’une certaine tradition (D’Eugen Jochum à John Eliott Gardiner) et la performance musicale et théâtrale. Le fameux chœur « thaumaturgique » (Richard Wagner) d’ouverture est ainsi une mise à l’épreuve à la fois pour les auteurs mais aussi pour les auditeurs. On admire la projection et la force de conviction des protagonistes même si cet enthousiasme finit par susciter des réserves (Doit-on incriminer la jeunesse du ténor Nicholas Phan qui sert avec un zèle un peu trop véhément l’Evangéliste). Le chœur (Apollo’s Singers excellent d’un bout à l’autre!) en revanche ne cesse de lancer des éclairs (Kreuzige!). La soprano Amanda Forsythe a des atouts indéniables, elle irradie physiquement et vocalement, timbre soyeux et diction impeccables. Le très lent Est is vollbracht à l’alto (Terry Wey un peu juste) est aussi affolé qu’apaisé. La Basse (Christian Immler) est irréprochable elle aussi (Très beau dialogue basse / chœur Mein teurer Heiland). Le dernier numéro Ruht Wohl diffuse une émotion saine et libératrice, emblématique de l’ensemble. Au final une Passion tout à fait légitime, brillamment menée, d’une lisibilité musicale et scénique remarquable aussi édifiante dans sa progression dramaturgique que techniquement aboutie. Jeannette Sorrell qui dirige à elle seule la triade orchestre chœur solistes, sait y instiller autant d’empathie que de pédagogie. Chapeau ! (Jérôme Angouillant)
Historique des prix
* L'historique des prix ne contient aucune donnée de Amazon.
Prix mis à jour pour la dernière fois le :