Tout récemment Warner publiait un opulent coffret regroupant tout ce que Zuzana Ruzickova avait laissé paraitre de son legs Bach chez Erato, une quasi intégrale des œuvres de clavecin, seule l’entreprise d’ Isolde Alghrimm allait être plus complète, elle l’est d’ailleurs demeurée. Les Concertos y manquaient, les voici. Comme pour le fonds Erato, Mahan Esfahani est l’auteur de cette résurrection qu’il éclaire d’un texte remarquable. Au milieu de l’enregistrement, commencée dans l’euphorie du Printemps de Prague, l’invasion soviétique apporta à l’ensemble un ton tragique, dont le Concerto en Ré mineur tendu, angoissé, jamais autant ré mineur qu’ici, témoigne. Cette densité des phrasés, ce ton âpre, ce geste puissant et implacable dont Zuzana Ruzickova et Vaclav Neumann règlent si bien l’éloquence sont demeurés sans égal. Mais en dehors de l’emprise historique, vous entendrez ici une lecture au cordeau, d’une perfection stylistique rare pour l’époque, Neumann composant son orchestre comme un quatuor, fondant les timbres dans le clavecin : écoutez seulement le début du 6 ème Concerto avec ses deux flûtes à bec. De la musique de chambre, où tout s’entend, où les polyphonies rayonnent, et foin des critiques des puristes ; Oui, Ruzickova joue un Ammer, oui le cordes sont montées en fer – mais les flutes elles sont plus philologiques, emmenées avec art par les frères Klement. Une certaine idée de comment on va désormais devoir jouer Bach parait, qui rend l’entreprise en quelque sorte historique. Pouvoir entendre cette somme aussi parfaitement rééditée et documentée, quelle aubaine (Discophilia - Artalinna.com). (Jean-Charles Hoffelé)
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