Mattheson est considéré de nos jours comme un théoricien de la musique, un peu austère et parfois extravagant. En fait il a connu deux vies successives : enfant prodige, il entame des études au Johanneum de sa ville natale de Hambourg, étudiant aussi la musique avec Gerstenbüttel, puis, entre 6 et 10 ans, il reçoit des leçons privées d’instruments à clavier, avec l’organiste Hanff, tout en travaillant le chant, le violon, la viole de gambe, la flûte, le hautbois et le luth avec un professeur local du nom de Woldag. Il apprend aussi l’anglais, le français et l’italien, la danse, l’équitation et l’escrime, talent qui lui sera utile lors d’un duel fameux avec Haendel, qui débouchera sur une amitié indéfectible entre les deux compositeurs. Alors qu’il étudiait le droit, Mattheson décréta à l’âge de 12 ans que « l’opéra est une université musicale », et mit fin à ses études, devenant page à la cour de Hambourg du Duc de Güldenlöw. Il intégra la Compagnie d’Opéra de Hambourg, interprétant des rôles féminins jusqu’à sa mue en 1697, et passant alors aux rôles de ténor, chantant ainsi pendant 15 ans dans 60 opéras dont plusieurs de sa plume. Il épouse une anglaise en 1709, devient Directeur musical de la cathédrale de Hambourg en 1715, composant deux douzaines d’oratorios, puis en 1719 Kapellmeister du Duc de Holstein. Une surdité croissante l’oblige à abandonner ces deux postes en 1728. Mattheson, qui est depuis 1706 secrétaire de l’Ambassadeur de Grande Bretagne, se focalise alors sur ses activités d’écrivain musical et de traducteur. La majorité de son œuvre, parfois très précoce, appartient donc au début de sa carrière, ainsi les douze suites pour clavecin publiées en 1714 en deux volumes à Londres. Haendel, averti de la publication, se procura immédiatement un exemplaire et joua avec enthousiasme les douze suites d’un bout à l’autre. Il faut dire que ces pièces charmantes (et à ma connaissance jamais enregistrées auparavant) mériteraient d’être beaucoup plus connues. Il s’agit de suites à la française, aux mouvements pourvus de titres parfois pittoresques, tel que Telemann notamment (son exact contemporain) en a utilisé si souvent, et où une invention mélodique originale le dispute à la grâce et à la clarté de l’écriture. On pense aux œuvres pour clavier de Fischer ou de Pachelbel. L’excellent claveciniste italien Alessandro Simonetto propose ici une lecture intimiste et ciselée de ces joyaux méconnus sur une copie d’un Rückers de 1638. (Jean-Michel Babin-Goasdoué)
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